Une place fonctionnelle

By 23 novembre 2015Fatchaplus, Numéro 2

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Jérôme Mazas, paysagiste, décrypte la Place de la Joliette.

« J’ai peu connu la place de la Joliette à l’époque où elle était encore celle des dockers. Quand je me suis installé à Marseille en 1994, le bâtiment des Docks était déjà devenu une ruche où beaucoup de gens travaillaient, dont «Euroméditerranée». C’est eux qui ont proposé un aménagement de la place. Avant, l’ambiance était très routière, avec beaucoup d’enrobés, des voitures partout. Ils ont donc imaginé une esplanade assez vaste pour que l’on ait un usage plus complet de l’espace, où il y ait moins de voitures garées, où l’on puisse déjeuner, dîner le soir, aller au marché…

L’idée était de faire une place provisoire, dans le moyen terme. Mais c’était il y a plus de 10 ans et elle est toujours là. Aujourd’hui, l’espace est fonctionnel et correspond à l’image que l’on peut se faire d’une place dans une ville. C’est un espace public assez cohérent où se mêlent les cabanes à sandwichs et les terrasses des brasseries ainsi qu’un marché le mercredi et le vendredi.  Avec des bancs, la place serait formidable !

Mais il n’y en a aucun, ce qui est catastrophique dans un lieu où l’on est sensé déambuler, s’asseoir, tchatcher comme on sait bien le faire ici à Marseille. Pour moi une place ne se conçoit pas sans assises gratuites. L’espace public, c’est l’espace où l’on fait la révolution, où l’on a envie de changer le monde ! J’ai l’impression, pas seulement à Marseille, que l’on stérilise l’espace public. On le rend passant et non dialoguant.

Le caractère de la place est relativement sobre, ce qui n’est pas désagréable et correspond à la transition souhaitable avec un lieu qui était très brutal : voiries, infrastructures, présence de goudron, de l’asphalte quasiment partout.

Au sol, le béton désactivé amène une dimension intéressante. La présence de la pierre est agréable, il y a une sensualité qui se dégage du sol, cela donne du grain. Des arbres ont été plantés, un soin a été apporté dans le détail des bordures. Cela montre que l’on prête attention aux personnes qui utilisent la place, ce qui est fondamental dans un espace public.

L’espace public est fait pour ceux qui l’habitent. La phase de concertation est donc très importante entre les habitants et la puissance publique. Sur le projet  Euromed 2  – tout comme pour Euromed 1 – il y a eu la concertation obligatoire, mais trop peu de concertation incitative. De plus, Marseille est une ville qui bouge beaucoup en terme de travaux et l’ambition serait de pouvoir travailler avec et pour les habitants, donner la parole à ceux qui pensent ne pas y avoir droit.

Pour l’avenir, ce que j’aimerais voir, c’est un espace moins minéral avec plus d’assises bien sûr, et un éclairage plus chaleureux accompagnant le tout. Il faudrait aussi réfléchir aux questions de revêtements, d’ombrage, important ici en Provence.  Et, pourquoi pas, un petit terrain de boule et remettre la fontaine en eau ? »