L’explorateur et le Bon Pasteur

Quand on vient de loin, Marseille résonne de rumeurs obscures, mais quand on y pose le pied, la rumeur se tait et la vraie rencontre se fait.

 À la base, c’est une idée, celle de transformer le nouveau Service Civique de Tabasco Vidéo en un petit explorateur pour partir à la découverte d’un arrondissement qu’il connaissait autant que Marseille : c’est à dire pas du tout. D’abord, il a suivi l’équipe de Fatche2 ! dans la rue de la Joliette, puis il a décidé que c’était son coin préféré, peutêtre par hasard ou par amour des langues qu’il ne parle pas, sûrement par goût pour ces quartiers qu’il trouve encore authentiques et vivants, mais sans aucun doute parce qu’il a vite compris qu’il y avait quelque chose de particulier dans ce micro-quartier, dans cet « îlot Bon Pasteur ». Une histoire et une identité singulière, avec son passé ensoleillé et à l’avenir de plus en plus sombre et pluvieux. Et puis le Petit Explorateur, il ne connaissait qu’une seule chose de ce coin de Marseille : un titre de Massilia Sound Système qui parlait d’un certain Marché du Soleil.

Alors, pour commencer quelque part, il s’est assis dans le premier café où il a osé entrer, chez Hammache, rue du Bon Pasteur. Il y a traîné, parlé de Fatche2 !, pris des notes et beaucoup de cafés, puis des couscous le midi avec les collègues… À chaque fois, ils ont été accueillis avec des sourires

et des cafés gratuits. Tant et si bien que notre Petit Explorateur a fini par s’y sentir un peu comme à la maison, et a établi là son camp de base pour partir à la découverte du Marché du Soleil.

À force de traîner entre les rayons du marché, il a rencontré des vendeurs, acheté un sweat pour lui et des babouches pour sa soeur – chez « le meilleur artisan de la babouche féminine de Marseille », un CD pour la musique et des écouteurs pour ses oreilles. Il a rencontré un jeune vendeur fraîchement débarqué du Maroc, des vieux marseillais qui vendent dans le marché depuis son ouverture et des hordes d’acheteurs venus de toute la ville pour acheter « ce qu’on ne trouve qu’ici, surtout à ce prix-là ».

C’est le patron du café, petit-fils du propriétaire, qui a aiguillé l’équipe de Fatche2 ! vers Zoubida. « C’est une amie, et elle connaît tout le monde ». Le point de départ idéal pour découvrir un monde ouvert dans un lieu clos. Parce que le Marché du Soleil est chaleureux et accueillant, mais son expérience lui a appris la méfiance, surtout quand elle vient sous la forme de journalistes déguisés en agent immobiliers, eux-mêmes déguisés en policiers, ou l’inverse, ou le contraire de l’inverse, on ne sait plus.

Zoubida, c’est cette vendeuse de robes, qui après plusieurs années dans sa boutique rue du Bon Pasteur, a senti le vent tourner, et a préféré fermer boutique avant que le loyer ne passe du simple au triple. Depuis quelques mois, elle est devenue l’une des dizaines de vendeurs du Marché, qui travaillent du matin au soir, malgré la crise, malgré les non-dits et surtout malgré l’incendie. Parce que les flammes ont mangé une partie du Marché en 2008, tant et si bien qu’il y a même des Marseillais qui le croient fermé.

Les amis d’amis nous en ont présenté d’autres, de main en main, de bouche en oreille, pour nous présenter au Marché et que lui, ce monument de la culture populaire marseillaise nous autorise à le découvrir, à le regarder de tous nos yeux et à l’écouter de toutes nos oreilles. On a rencontré des couturiers marocains, sénégalais et mauritaniens, une cliente emportée par la musique, un champion pizzaiolo qui parle aussi vite qu’il bat la pâte, ou encore un vendeur de tout, connus de tous, qui bronze au soleil du Marché, comme un gardien au repos, qui surveille les entrées et sa clientèle, un sourire en coin.

Au fil des semaines, le Petit Explorateur a découvert un quartier, comme il a découvert Marseille au fil des mois : grâce au Fatche2 !, forcé d’aller avec plaisir à la rencontre d’une ville et d’un quartier en plein changement, de ses habitants et de ses habitudes. Dans ses promenades sur le bord du quai de la Joliette, le nouvel arrivant s’est laissé dériver jusqu’à l’îlot Bon Pasteur, comme il avait dérivé jusqu’à Marseille.

Quand on vient de loin, Marseille résonne de rumeurs obscures, mais quand on y pose le pied, la rumeur se tait et la vraie rencontre se fait. L’îlot Bon Pasteur, et son Marché du Soleil, c’est Marseille bloquée dans Marseille, une enclave au milieu d’un quartier qu’on modernise à toute vitesse, parfois au détriment des habitants et qui agite les mauvaises langues. Alors Fatche2 ! rêve d’une vraie rencontre entre les habitants, que les cent-onze villages viennent faire un tour pour (re)découvrir, sentir et ressentir les odeurs et la vie du Marché.

Parce que le journal que vous tenez entre vos doigts, pour citer une nouvelle fois Massilia, « c’est une invitation, c’est une invitation… » à aller voir tout ça