Au début, les jeunes ne savent pas trop à quoi s’attendre. Les regards hésitent, certains décrochent, d’autres attendent de voir. « Ils nous regardent un peu avec des yeux ronds… genre : ok, mais on va faire quoi ? », raconte Marianne, responsable du développement à la Cité des Transitions. L’écologie, les « transitions », ce sont des mots qu’ils connaissent déjà, mais qui restent flous, parfois abstraits, souvent loin de leurs préoccupations. Le Parcours Jeunes commence là, dans cet écart.
Cette année, à Marseille, quatre groupes s’y engagent : des jeunes de l’École de la 2e Chance, des élèves du lycée professionnel Charlotte Grawitz, des adolescents du club de foot AS Vivaux et des jeunes du centre social Fissiaux. Des âges, des parcours et des réalités différentes, et c’est précisément ce qui fait la richesse du dispositif.
« On ne vient pas avec un discours tout fait », explique Antonin, coordinateur du Parcours Jeunes. « L’idée, c’est de partir d’eux, de ce qu’ils vivent, et de leur montrer que ces sujets-là les concernent déjà même s’ils ne les appellent pas comme ça. »
Alors, on sort de la salle de classe ou on y fait entrer le dehors. Au fil des semaines, les jeunes rencontrent Banlieues Climat, participent à des ateliers avec Football Écologie France, explorent le Tiers Lab des Transitions, passent par la Maison du Vélo et la Recyclerie Sportive, et s’engagent dans les animations menées par Melting Pot. Ils participent aussi à un ramassage de déchets avec l’association 1 déchet par jour. Ici, on parle d’alimentation en manipulant, de mobilité en réparant, de démocratie en débattant. « La pratique leur parle tout de suite plus », observe Marianne. « Dès qu’ils sont en situation, dès qu’ils font, il se passe quelque chose. » Antonin le résume simplement : « L’écologie, ça ne s’apprend pas uniquement en écoutant. Ça s’expérimente. »
Et parfois, ça passe par une rencontre.
Lors d’un atelier animé par l’association Melting Pot, un jeune prend la parole. Jonathan. En service civique dans l’association, il est aujourd’hui engagé dans des actions citoyennes. Avant ça, il était élève au lycée Charlotte Grawitz. L’année dernière, il était assis sur les mêmes chaises.
Il parle de son parcours, de ce qui l’a amené là, échange avec le groupe, participe à l’animation. Ce n’est plus un intervenant face à eux, c’est quelqu’un qui leur ressemble, qui s’est posé les mêmes questions, les mêmes doutes.
Un jeune qui parle à d’autres jeunes.
« Ça n’a pas le même poids quand ça vient d’eux », souligne Antonin. « Nous, on peut expliquer, transmettre… mais quand ils voient quelqu’un qui était à leur place il y a un an, là, ça devient concret. » Ce type de passage dit beaucoup de ce que le dispositif peut produire : une continuité, une projection possible.
Car ce qui se joue dépasse largement la transmission d’informations. Ça tâtonne, ça observe, ça teste. Puis, peu à peu, des accroches apparaissent. Une discussion qui reste, un atelier qui marque, une rencontre qui déplace. « Il y a un moment où ça bascule », dit Marianne. « Ils commencent à faire des liens, à comprendre que tout ça touche à leur vie, à leurs choix, à leur quotidien. »
Et surtout, ils en parlent. Pas seulement entre eux, mais ailleurs : chez eux, avec leurs parents, avec leurs amis. « Ce n’est plus nous qui portons la parole, ce sont eux », souligne-t-elle. Antonin complète : « À partir du moment où ils s’approprient les sujets, ils deviennent légitimes. Ils n’ont plus besoin de nous pour en parler. Et ça, c’est le vrai enjeu. »
Le projet ne cherche pas à former des spécialistes. Il ouvre des portes. « L’idée, c’est qu’ils puissent y retourner seuls », explique Antonin. « Qu’ils se disent : cette structure, cet atelier, ce lieu… c’est accessible, c’est aussi pour moi. » Cette autonomie est centrale. Elle transforme une expérience ponctuelle en possibilité durable.
Parfois, cela prend une forme très concrète. L’an dernier, un groupe a organisé un ramassage de déchets. « Ils ont dû mobiliser, contacter, organiser, communiquer », raconte Marianne. « Voir avec la mairie, trouver du matériel, prévenir les habitants… Tout ce que ça implique. » À ce moment-là, on change de registre : on ne participe plus, on agit.
Le dispositif continue d’évoluer. Pour la prochaine édition, plusieurs idées émergent : créer davantage de liens entre les groupes, imaginer du parrainage… et peut-être aller plus loin, en confiant aux jeunes eux-mêmes l’organisation de l’événement de clôture.
Le Parcours Jeunes de la Cité des Transitions ne transforme pas seulement ceux qui y participent. Il agit aussi sur ceux qui le portent. « On peut vite fonctionner entre acteurs du réseau de la Cité des Transitions », reconnaît Marianne. « Là, ça nous oblige à sortir de cet entre-soi, à nous confronter à d’autres regards, à d’autres façons de voir. » Et si quelque chose ne prend pas, c’est un signal. « S’ils trouvent ça incohérent ou pas intéressant, c’est à nous de nous remettre en question », dit Antonin. Le dispositif oblige alors à regarder en face ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Ce qui circule, ce sont des expériences, des manières de faire, des façons de regarder le monde. Entre les jeunes, entre les structures, entre des univers qui, sans cela, ne se croiseraient pas. Parfois, ça se joue dans des choses très simples. « Ça m’est arrivé de revoir des jeunes en ville », raconte Marianne. « Ils viennent dire bonjour, ils discutent… » Quelques mots échangés, mais qui prolongent ce qui s’est joué.
Le Parcours Jeunes ne promet pas de bouleverser les trajectoires. Mais il déplace, doucement, concrètement. Il ouvre un espace où l’on peut essayer, comprendre, s’autoriser. Et parfois, cela suffit pour que quelque chose commence vraiment : retourner dans une association, participer à un atelier, s’impliquer autrement. Ou simplement y aller, cette fois, sans qu’on vous accompagne.
En savoir plus sur le Parcours Jeunes https://citedestransitions.org/parcours_jeunes









